Ceuta : Mohammed VI juge que la coopération migratoire avec l'Espagne a « atteint ses limites » et accuse la justice espagnole de bloquer les rapatriements
Devant le Parlement marocain réuni à Rabat le 9 octobre 2026, le roi Mohammed VI a déclaré que le cadre actuel de coopération migratoire avec l’Espagne ne suffisait plus. Il reproche à certaines lois et décisions de justice espagnoles d’empêcher le renvoi de mineurs et de personnes qui, selon lui, se font passer pour des réfugiés. En juillet, au moins 70 000 personnes avaient franchi la frontière vers Ceuta.
Un discours d’ouverture de législature
Le souverain s’exprimait vendredi, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle législature. Le texte intégral du discours a été publié par le média marocain LeBrief, et Reuters en a rendu compte le même jour. Fdesouche a repris l’ensemble le 10 octobre. Le passage consacré aux migrations intervient dans un climat tendu entre Rabat et Madrid, après les franchissements de masse observés cet été vers l’enclave espagnole de Ceuta.
Le roi a d’abord mis en avant les résultats de son pays dans la lutte contre l’immigration irrégulière. C’est dans un second temps qu’il a formulé sa critique : le modèle de partenariat en vigueur a, selon ses mots, « atteint ses limites ».
Les obstacles pointés du côté espagnol
Le reproche vise des dispositions légales et des décisions de justice espagnoles que Mohammed VI juge dépassées. D’après lui, ces règles font obstacle au rapatriement de deux catégories de personnes : des mineurs, d’une part, et d’autre part des individus qu’il accuse d’invoquer indûment le statut de réfugié. Il ajoute que ces blocages profitent aux réseaux criminels qui organisent les passages.
Le propos renverse l’angle habituel. Ce n’est pas ici le pays d’arrivée qui se plaint de l’inaction du pays de départ, mais le pays de départ qui reproche au pays d’arrivée de ne pas renvoyer ceux qu’il serait prêt à reprendre. La source ne détaille pas quelles décisions de justice sont visées, ni le nombre de rapatriements qui auraient été empêchés.
Ceuta, l’été des 70 000 passages
Le contexte est chiffré par Reuters : au moins 70 000 personnes ont traversé la frontière entre le Maroc et Ceuta au mois de juillet. La grande majorité est repartie depuis, mais plusieurs milliers sont restées sur place, parmi lesquelles beaucoup de mineurs. Des partis d’opposition espagnols ont accusé le Maroc d’avoir laissé faire, voire d’avoir encouragé ces passages. Rabat a rejeté ces accusations.
Le roi a tenu à présenter la relation avec l’Espagne comme un choix souverain du Maroc, qu’il entend poursuivre sans céder à ce qu’il nomme des pressions ou du chantage. Il a annoncé qu’une nouvelle offre de coopération serait formulée, articulée autour du codéveloppement et de la stabilité de la région.
La source rapporte que Mohammed VI, le 9 octobre à Rabat, a jugé le modèle de coopération migratoire avec l’Espagne arrivé à ses limites, a mis en cause des lois et des décisions judiciaires espagnoles empêchant des rapatriements, et a annoncé une nouvelle proposition. Elle rappelle les 70 000 passages de juillet vers Ceuta et le démenti marocain face aux accusations de l’opposition espagnole.
Ce que l’épisode dit des frontières européennes
L’affaire de Ceuta montre qu’un renvoi peut échouer même lorsque le pays tiers se dit disposé à reprendre ses ressortissants : l’obstacle se trouve alors dans le droit interne du pays européen, en particulier pour les mineurs et pour les personnes qui se déclarent réfugiées. Le défaut d’exécution ne se résume donc pas au refus des pays d’origine.
Les faits et les chiffres rapportés ici viennent de cet extrait. Le mouvement tient ses pièces à côté : ses arguments et ses pétitions. Chacun peut y contribuer en choisissant d’adhérer ou de soutenir l’action par un don.